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Résumé et points de vue de lectures par Isabelle Desage (accompagnés de photographies, d'extraits de films, d'entretiens d'auteurs).

La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon, 2014

La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon, 2014

Il était une fois, un conte où l’héroïne ne se confronte à des épreuves que pour la gloire des autres : son pays, son entraîneur, le tyran (Nicolas Ceausescu), l’équipe.

Ce récit relate le parcours d’une gymnaste roumaine qui est devenue championne du monde à 14 ans, en 1976 et aussi, la politique de l’Europe de l’Est à cette époque. Dans ce récit, comme dans d’autres œuvres de Lola Lafon, nous pouvons constater combien le corps féminin dans son entièreté est soumis au désir des hommes, jugé, noté, consommé, qu’il s’agisse de danse, de gymnastique, d’études intellectuelles. Mais Nadia soutient qu’elle s’est montré volontaire pour ne pas avoir la vie des autres enfants  « ordinaires, sans but, sans avenir ». Car si Nadia a plu, a séduit le monde entier, c’est bien sûr grâce à ses performances sportives mais aussi parce que son corps était encore celui d’une enfant, petite, sans forme, ressemblant à un ange, à une « Sylphide ». Mais il aura suffit d’une année pour que les journalistes lui reprochent d’avoir grandi, changé, grossi : « la fée » a trahi ses admirateurs en devenant comme « tout le monde », en devenant une femme. Pour Nadia, la transformation du corps féminin est considérée comme une « maladie », « un monstre » à combattre : «  J’évoque dans un mail à Nadia, la ponctuation des articles mentionnant son retour un an après Montréal, ces points d’exclamation qui font concurrence aux points de suspension : « 50 kg !!!!! » Nadia, aujourd’hui est une vraie femme….. », elle confirme : « On ne devrait pas appeler ça de la gym féminine, c’est sûr, les spectateurs ne viennent pas pour voir des femmes… Vous savez, si les lycras de compétitions ont toujours des manches longues, c’est pour cacher les bras des filles. Nos biceps, les veines. Parce qu’il ne faut surtout pas avoir l’air masculines non plus ! ».

Ce roman est rédigé sous forme de dialogues entre l’auteur et Nadia, l’auteur et des proches de Nadia qui témoignent de leur vie à la fin des années 70, de l’univers du sport et de la compétition. Entre récit et véritable reformulation d’emails, de conversations téléphoniques, de courriers, l’auteur apporte une reconstitution sociale et politique autour du monde sportif dans l’Europe de l’Est mais montre surtout combien il est difficile de porter un jugement sur des situations personnelles, sociales et tout simplement, sur l’histoire des gens. Qu’il s’agisse des mauvais traitements subis par les sportives, d’un régime politique totalitaire plus ou moins accepté par des populations habituées à l’obéissance ou qui s’en arrange et qui, comme le dit Nadia, lui a permis de devenir championne. Ce qui est mis en exergue dans ce livre, ce sont les multiples questions et incompréhensions des journalistes, du public face à ce qui ressemble à un manque de réactions devant des violences personnelles, physiques et psychologiques car il est toujours demandé aux « victimes » de se justifier.

Nadia remet souvent à sa place l’auteur qu’elle qualifie de « bien pensante occidentale » qui se fait une opinion à travers une presse corrompue ou des documents trafiqués du régime communiste roumain. Aussi, dans l’épisode de la fuite de Nadia en Amérique, on comprend combien la jeune femme est manipulée car habituée à une discipline de fer, elle fait confiance à ceux qui veulent la guider et accepte en confiance de suivre un homme qui lui promet qu’elle redeviendra championne. Malheureusement, il se trouve que tous ceux qui entourent la jeune femme vont se servir d’elle sans vergogne pour faire de l’argent grâce à sa notoriété : « P. l’a retenue prisonnière sur le territoire américain et lui a volé cinquante mille dollars gagnés en interviews. […] « J’ai raconté que le connaissais bien parce qu’il m’assurait que ça faisait mieux pour obtenir un visa, il m’avait conseillé de dire que ne voulais ni refaire de la gym ni revoir Béla. Il ne me laissait jamais seule. Je n’avais personne vers qui aller. P. et sa femme se parlaient chaque soir au téléphone. Le scandale leur a rapporté beaucoup. Il me menaçait de me mettre dans une valise et de me renvoyer en Roumanie pour donner à la Securitate ».

Ce roman que j’ai lu deux fois est riche et soulève bien des questions et beaucoup d’émotions. Dans les romans de Lola Lafon, il y a toujours des mentors, hommes et femmes qui rencontrent des proies, souvent des jeunes filles de familles pauvres ou modestes, ayant des parents honorés par l’attention portés à leurs enfants. Ceux-ci, désireux d’accéder à leurs rêves et en grand besoin de reconnaissances, soucieux de bien faire, de satisfaire la belle dame, les gentils messieurs, sont prêts, parfois à se soumettre, de tout leur corps. C’est la trajectoire qu’a suivi Nadia qui a donné son enfance et son adolescence avec abnégation pour être glorifiée durant quelques courtes années. Son parcours s’arrêtera en 1982, à l’âge de 22 ans.

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